Messieurs,
vous m' avez comblé d' honneur en m' appelant à vous ;
mais la gloire n' est un bien qu' autant qu' on en est
digne, et je ne me persuade pas que quelques
essais écrits sans art et sans autre ornement que
celui de la nature soient des titres suffisants
pour oser prendre place parmi les maîtres
de l' art, parmi les hommes éminents qui représentent
ici la splendeur littéraire de la France, et dont
les noms, célébrés aujourd' hui par la voix des
nations, retentiront encore avec
éclat dans la bouche de nos derniers neveux. Vous
avez eu, messieurs, d' autres motifs en jetant les
yeux sur moi : vous avez voulu donner à l' illustre
compagnie à laquelle j' ai l' honneur d' appartenir
depuis longtemps une nouvelle marque de
considération. Ma reconnaissance, quoique partagée,
n' en sera pas moins vive. Mais comment satisfaire
au devoir qu' elle m' impose en ce jour ? Je n' ai,
messieurs, à vous offrir que votre propre bien : ce
sont quelques idées sur le style, que j' ai puisées
dans vos ouvrages ; c' est en vous lisant, c' est
en vous admirant, qu' elles ont été conçues ; c' est
en les soumettant à vos lumières qu' elles se
produiront avec quelque succès.
Il s' est trouvé dans tous les temps des hommes qui
ont su commander aux autres par la puissance de la
parole. Ce n' est néanmoins que dans les siècles
éclairés que l' on a bien écrit et bien parlé. La
véritable éloquence suppose l' exercice du génie
et la culture de l' esprit. Elle est bien différente
de cette facilité naturelle de parler qui n' est
qu' un talent, une qualité accordée à tous ceux dont
les passions sont fortes, les organes souples et
l' imagination prompte. Ces hommes sentent vivement,
s' affectent de même, le marquent fortement au
dehors ; et, par une impression purement mécanique,
ils transmettent aux autres leur enthousiasme
et leurs affections. C' est le corps qui parle au
corps : tous les mouvements, tous les signes
concourent et servent également. Que faut-il pour
émouvoir la multitude et l' entraîner ? Que faut-il
pour ébranler la plupart même des autres hommes
et les persuader ? Un ton véhément et pathétique,
des gestes expressifs et fréquents, des paroles
rapides et sonnantes. Mais pour le petit nombre de
ceux dont la tête est ferme, le goût délicat et le
sens exquis, et qui, comme vous, messieurs, comptent
pour peu le ton, les gestes et le vain son des
mots, il faut des choses, des pensées, des
raisons ; il faut savoir les présenter, les nuancer,
les ordonner : il ne suffit pas de frapper
l' oreille et d' occuper les yeux ; il faut agir sur
l' âme et toucher le coeur en parlant à l' esprit.
Le style n' est que l' ordre et le mouvement qu' on met
dans ses pensées. Si on les enchaîne étroitement,
si on les serre, le style devient ferme, nerveux
et concis ; si on les laisse se succéder lentement,
et ne se joindre qu' à la faveur des mots, quelque
élégants qu' ils soient, le style sera diffus,
lâche et traînant.
Mais, avant de chercher l' ordre dans lequel on
présentera ses pensées, il faut s' en être fait un autre plus
général et plus fixe, où ne doivent entrer que les
premières vues et les principales idées : c' est en
marquant leur place sur ce premier plan, qu' un
sujet sera circonscrit, et que l' on en connaîtra
l' étendue ; c' est en se rappelant sans cesse ces
premiers linéaments, qu' on déterminera les justes
intervalles qui séparent les idées principales, et
qu' il naîtra des idées accessoires et moyennes qui
serviront à les remplir. Par la force du génie, on
se représentera toutes les idées générales et
particulières sous leur véritable point de vue ; par
une grande finesse de discernement, on distinguera
les pensées stériles des idées fécondes ; par la
sagacité que donne la grande habitude d' écrire, on
sentira d' avance quel sera le produit de toutes
ces opérations de l' esprit. Pour peu que le
sujet soit vaste ou compliqué, il est bien rare qu' on
puisse l' embrasser d' un coup d' oeil, ou le pénétrer
en entier d' un seul et premier effort de génie ; et
il est rare encore qu' après bien des réflexions
on en saisisse tous les rapports. On ne peut donc
trop s' en occuper ; c' est même le seul moyen
d' affermir, d' étendre et d' élever ses pensées :
plus on leur donnera de substance et de force par
la méditation, plus il sera facile ensuite de les réaliser par
l' expression.
Ce plan n' est pas encore le style, mais il en est
la base ; il le soutient, il le dirige, il règle
son mouvement et le soumet à des lois ; sans cela,
le meilleur écrivain s' égare, sa plume marche
sans guide, et jette à l' aventure des traits
irréguliers et des figures discordantes. Quelque
brillantes que soient les couleurs qu' il emploie,
quelques beautés qu' il sème dans les détails,
comme l' ensemble choquera ou ne se fera
pas assez sentir, l' ouvrage ne sera point
construit ; et, en admirant l' esprit de l' auteur,
on pourra soupçonner qu' il manque de génie. C' est
par cette raison que ceux qui écrivent comme ils
parlent, quoiqu' ils parlent très-bien, écrivent
mal ; que ceux qui s' abandonnent au premier feu de
leur imagination, prennent un ton qu' ils ne peuvent
soutenir ; que ceux qui craignent de perdre des
pensées isolées, fugitives, et qui écrivent en
différents temps des morceaux détachés, ne les
réunissent jamais sans transitions forcées ; qu' en
un mot, il y a tant d' ouvrages faits de pièces de
rapport, et si peu qui soient fondus d' un seul jet.
Cependant, tout sujet est un ; et, quelque vaste
qu' il soit, il peut être renfermé dans un seul
discours. Les interruptions, les repos, les sections,
ne devraient être d' usage que
quand on traite des sujets différents, ou lorsque,
ayant à parler de choses grandes, épineuses et
disparates, la marche du génie se trouve
interrompue par la multiplicité des obstacles, et
contrainte par la nécessité des circonstances :
autrement, le grand nombre de divisions, loin de
rendre un ouvrage plus solide, en détruit
l' assemblage ; le livre paraît plus clair aux yeux,
mais le dessein de l' auteur demeure obscur ;
il ne peut faire impression sur l' esprit du lecteur,
il ne peut même se faire sentir que par la
continuité du fil, par la dépendance harmonique
des idées, par un développement successif, une
gradation soutenue, un mouvement uniforme que toute
interruption détruit ou fait languir.
Pourquoi les ouvrages de la nature sont-ils si
parfaits ? C' est que chaque ouvrage est un tout, et
qu' elle travaille sur un plan éternel dont elle ne
s' écarte jamais : elle prépare en silence les
germes de ses productions ; elle ébauche par un
acte unique la forme primitive de tout être vivant ;
elle la développe, elle la perfectionne par un
mouvement continu et dans un temps prescrit.
L' ouvrage étonne ; mais c' est l' empreinte divine
dont il porte les traits qui doit nous frapper.
L' esprit humain ne peut rien créer ; il ne produira
qu' après avoir été fécondé par l' expérience et
la méditation ; ses connaissances sont les germes
de ses productions : mais, s' il imite la nature dans
sa marche et dans son travail, s' il s' élève par la
contemplation aux vérités les plus sublimes, s' il
les réunit, s' il les enchaîne, s' il en forme un tout, un système par la réflexion,
il établira sur des fondements inébranlables des
monuments immortels.
C' est faute de plan, c' est pour n' avoir pas assez
réfléchi sur son objet, qu' un homme d' esprit se
trouve embarrassé, et ne sait par où commencer à
écrire. Il aperçoit à la fois un grand nombre
d' idées ; et, comme il ne les a ni comparées
ni subordonnées, rien ne le détermine à préférer
les unes aux autres : il demeure donc dans la
perplexité. Mais lorsqu' il se sera fait un plan,
lorsqu' une fois il aura rassemblé et mis en ordre
toutes les pensées essentielles à son sujet,
il s' apercevra aisément de l' instant auquel il doit
prendre la plume, il sentira le point de maturité
de la production de l' esprit, il sera pressé de la
faire éclore, il n' aura même que du plaisir à
écrire : les idées se succéderont aisément, et le
style sera naturel et facile ; la chaleur naîtra
de ce plaisir, se répandra partout, et donnera de la
vie à chaque expression ; tout s' animera de plus
en plus : le ton s' élèvera, les objets prendront
de la couleur ; et le sentiment, se joignant à la
lumière, l' augmentera, la portera plus loin, la
fera passer de ce que l' on dit à ce que l' on va dire, et le
style deviendra intéressant et lumineux.
Rien ne s' oppose plus à la chaleur que le désir de
mettre partout des traits saillants ; rien n' est
plus contraire à la lumière qui doit faire un
corps et se répandre uniformément dans un écrit,
que ces étincelles qu' on ne tire que par la
force en choquant les mots les uns contre les autres,
et qui ne nous éblouissent pendant quelques
instants, que pour nous laisser ensuite dans les
ténèbres. Ce sont des pensées qui ne brillent
que par l' opposition : l' on ne présente qu' un
côté de l' objet, on met dans l' ombre toutes les
autres faces ; et ordinairement ce côté qu' on choisit
est une pointe, un angle sur lequel on fait jouer
l' esprit avec d' autant plus de facilité, qu' on
l' éloigne davantage des grandes faces sous
lesquelles le bon sens a coutume de considérer
les choses.
Rien n' est encore plus opposé à la véritable
éloquence que l' emploi de ces pensées fines et la
recherche de ces idées légères, déliées, sans
consistance, et qui, comme la feuille du métal
battu, ne prennent de l' éclat qu' en perdant de la
solidité. Aussi, plus on mettra de cet esprit
mince et brillant dans un écrit, moins il aura de
nerf, de lumière, de chaleur et de style ; à moins
que cet esprit ne soit lui-même le fond du sujet,
et que l' écrivain n' ait pas eu d' autre objet que
la plaisanterie : alors l' art de dire de petites
choses devient peut-être plus difficile que
l' art d' en dire de grandes.
Rien n' est plus opposé au beau naturel que la peine
qu' on se donne pour exprimer des choses ordinaires
ou communes d' une manière singulière ou pompeuse ;
rien ne dégrade plus l' écrivain. Loin de l' admirer, on le plaint
d' avoir passé tant de temps à faire de nouvelles
combinaisons de syllabes, pour ne dire que ce que
tout le monde dit. Ce défaut est celui des esprits
cultivés, mais stériles : ils ont des mots en
abondance, point d' idées ; ils travaillent donc
sur les mots, et s' imaginent avoir combiné des
idées, parce qu' ils ont arrangé des phrases, et
avoir épuré le langage quand ils l' ont corrompu en
détournant les acceptions. Ces écrivains n' ont point
de style, ou, si l' on veut, ils n' en ont que
l' ombre. Le style doit graver des pensées : ils ne
savent que tracer des paroles.
Pour bien écrire, il faut donc posséder pleinement
son sujet ; il faut y réfléchir assez pour voir
clairement l' ordre de ses pensées, et en former
une suite, une chaîne continue, dont
chaque point représente une idée ; et, lorsqu' on
aura pris la plume, il faudra la conduire
successivement sur ce premier trait, sans lui
permettre de s' en écarter, sans l' appuyer trop
inégalement, sans lui donner d' autre mouvement que
celui qui sera déterminé par l' espace qu' elle doit
parcourir. C' est en cela que consiste la sévérité
du style ; c' est aussi ce qui en fera l' unité et ce
qui en réglera la rapidité, et cela seul aussi
suffira pour le rendre précis et simple, égal et
clair, vif et suivi. à cette première règle, dictée
par le génie, si l' on joint de la délicatesse et
du goût, du scrupule sur le choix des expressions,
de l' attention à ne nommer les choses que par les
termes les plus généraux, le style aura de la
noblesse. Si l' on y joint encore de la défiance
pour son premier mouvement, du mépris pour tout ce
qui n' est que brillant, et une répugnance constante
pour l' équivoque et la plaisanterie, le style
aura de la gravité, il aura même de la majesté.
Enfin, si l' on écrit comme l' on pense, si l' on est
convaincu de ce que l' on veut persuader, cette
bonne foi avec soi-même, qui fait la bienséance
pour les autres et la vérité du style, lui
fera produire tout son effet, pourvu que cette
persuasion intérieure ne se marque pas par un
enthousiasme trop fort, et qu' il y ait partout
plus de candeur que de confiance, plus de
raison que de chaleur.
C' est ainsi, messieurs, qu' il me semblait, en vous
lisant, que vous me parliez, que vous m' instruisiez.
Mon âme, qui recueillait avec avidité ces oracles
de la sagesse, voulait prendre l' essor et s' élever
jusqu' à vous : vains efforts ! Les règles,
disiez-vous encore, ne peuvent suppléer au génie ;
s' il manque, elles seront inutiles. Bien écrire,
c' est tout à la fois bien penser, bien sentir et
bien rendre ; c' est avoir en même temps de
l' esprit, de l' âme et du goût. Le style suppose la
réunion et l' exercice de toutes les facultés
intellectuelles. Les idées seules forment le fond
du style, l' harmonie des paroles n' en est que
l' accessoire et ne dépend que de la sensibilité
des organes ; il suffit d' avoir un peu d' oreille
pour éviter les dissonances, et de l' avoir exercée,
perfectionnée par la lecture des poëtes et des
orateurs, pour que mécaniquement on soit porté à
l' imitation de la cadence poétique et des tours
oratoires. Or jamais l' imitation n' a rien créé : aussi cette
harmonie des mots ne fait ni le fond ni le ton du
style, et se trouve souvent dans des écrits vides
d' idées.
Le ton n' est que la convenance du style à la nature
du sujet : il ne doit jamais être forcé ; il naîtra
naturellement du fond même de la chose, et dépendra
beaucoup du point de généralité auquel on aura
porté ses pensées. Si l' on s' est élevé aux
idées les plus générales et si l' objet en lui-même
est grand, le ton paraîtra s' élever à la même
hauteur ; et si, en le soutenant à cette élévation,
le génie fournit assez pour donner à chaque objet
une forte lumière, si l' on peut ajouter la beauté
du coloris à l' énergie du dessin, si l' on peut, en
un mot, représenter chaque idée par une image vive
et bien terminée, et former de chaque suite d' idées
un tableau harmonieux et mouvant, le ton sera
non-seulement élevé, mais sublime.
Ici, messieurs, l' application ferait plus que la
règle, les exemples instruiraient mieux que les
préceptes ; mais, comme il ne m' est pas permis de
citer les morceaux sublimes qui m' ont si souvent
transporté en lisant vos ouvrages, je suis
contraint de me borner à des réflexions. Les
ouvrages bien écrits seront les seuls qui passeront
à la postérité : la quantité des connaissances, la
singularité des faits, la nouveauté même des
découvertes, ne sont pas de sûrs garants de
l' immortalité : si les ouvrages qui les contiennent
ne roulent que sur de petits objets, s' ils sont écrits sans
goût, sans noblesse et sans génie, ils périront,
parce que les connaissances, les faits et les
découvertes s' enlèvent aisément, se transportent,
et gagnent même à être mises en oeuvre par des
mains plus habiles. Ces choses sont hors de l' homme,
le style est l' homme même. Le style ne peut donc ni
s' enlever, ni se transporter, ni s' altérer ; s' il
est élevé, noble, sublime, l' auteur sera également
admiré dans tous les temps : car il n' y a que la
vérité qui soit durable, et même éternelle. Or un
beau style n' est tel en effet que par le nombre
infini des vérités qu' il présente. Toutes les
beautés intellectuelles qui s' y trouvent, tous les
rapports dont il est composé, sont autant de
vérités aussi utiles, et peut-être plus précieuses
pour l' esprit humain, que celles qui peuvent
faire le fond du sujet.
Le sublime ne peut se trouver que dans les grands
sujets. La poésie, l' histoire et la philosophie
ont toutes le même objet, et un très-grand objet,
l' homme et la nature. La philosophie décrit et
dépeint la nature, la poésie la peint et
l' embellit ; elle peint aussi les hommes, elle les
agrandit, les exagère, elle crée les héros et les
dieux. L' histoire ne peint que l' homme, et le peint
tel qu' il est : ainsi le ton de l' historien ne
deviendra sublime que quand il fera le portrait des
plus grands hommes, quand il exposera les plus
grandes actions, les plus grands mouvements, les
plus grandes révolutions ; et, partout ailleurs,
il suffira qu' il soit majestueux et grave. Le ton
du philosophe pourra devenir sublime toutes les
fois qu' il parlera des lois de la nature, des êtres
en général, de l' espace, de la matière, du
mouvement et du temps, de l' âme, de l' esprit humain,
des sentiments, des passions ; dans le reste, il
suffira qu' il soit noble et élevé. Mais le ton de
l' orateur et du poëte, dès que le sujet est grand,
doit toujours être sublime, parce qu' ils sont les
maîtres de joindre à la grandeur de leur sujet
autant de couleur, autant de mouvement, autant
d' illusion qu' il leur plaît ; et que, devant
toujours peindre et toujours agrandir les objets,
ils doivent aussi partout employer toute la force
et déployer toute l' étendue de leur génie.
ADRESSE
à mm de l' académie française.
Que de grands objets, messieurs, frappent ici mes
yeux ! Et quel style et quel ton faudrait-il
employer pour les peindre et les représenter
dignement ? L' élite des hommes est assemblée ;
la sagesse est à leur tête ; la gloire, assise au
milieu d' eux, répand ses rayons sur chacun, et les
couvre tous d' un éclat toujours le même et toujours
renaissant. Des traits d' une lumière plus vive
encore partent de sa couronne immortelle, et vont
se réunir sur le front auguste du plus puissant et
du meilleur des rois. Je le vois, ce héros, ce prince
adorable, ce maître si cher. Quelle noblesse dans
tous ses traits ! Quelle majesté dans toute sa
personne ! Que d' âme et de douceur naturelle
dans ses regards ! Il les tourne vers vous,
messieurs, et vous brillez d' un nouveau feu, une
ardeur plus vive vous embrase ; j' entends dejà
vos divins accents et les accords de vos voix :
vous les réunissez pour célébrer ses vertus, pour
chanter ses victoires, pour applaudir à notre
bonheur ; vous les réunissez pour faire éclater
votre zèle, exprimer votre amour, et transmettre
à la postérité des sentiments dignes de ce grand
prince et de ses descendants. Quels concerts ! Ils
pénètrent mon coeur ; ils seront immortels comme
le nom de Louis.
Dans le lointain, quelle autre scène de grands
objets ! Le génie de la France qui parle à
Richelieu, et lui dicte à la fois l' art d' éclairer
les hommes et de faire régner les rois ; la
justice et la science qui conduisent Séguier, et
l' élèvent de concert à la première place de leurs
tribunaux ; la victoire qui s' avance à grands pas
et précède le char triomphal de nos rois, où
Louis Le Grand, assis sur des trophées, d' une
main donne la paix aux nations vaincues, et de
l' autre rassemble dans ce palais les muses
dispersées. Et près de moi, messieurs, quel autre
objet intéressant ! La religion en pleurs, qui
vient emprunter l' organe de l' éloquence pour
exprimer sa douleur, et semble m' accuser de
suspendre trop longtemps vos regrets sur une perte que nous devons
tous ressentir avec elle.